Les actions
Une action n'est pas un ticket de loterie. C'est un droit sur des flux futurs. Ce module vous apprend à lire une société en une page, et à ne pas vous laisser piéger par l'illusion du dividende.
7.1 Ce qu'est réellement une action
C'est un titre de propriété sur une entreprise. Il donne droit à une fraction des bénéfices (les dividendes), à une fraction de ce qui reste en cas de liquidation (après tous les créanciers), et à un droit de vote. Sa valeur n'est pas « ce que les gens sont prêts à payer » : c'est la valeur actualisée des flux futurs qui reviendront à l'actionnaire. Le prix, lui, oscille autour de cette valeur.
7.2 Les indicateurs fondamentaux
| Indicateur | Formule | Ce qu'il indique |
|---|---|---|
| Capitalisation boursière | Cours × nombre d'actions | Taille de l'entreprise pour l'actionnaire |
| BPA / EPS | Résultat net / nombre d'actions | Bénéfice par action |
| PER | Cours / BPA | Nombre d'années de bénéfices payées |
| Rendement du bénéfice | BPA / Cours | Inverse du PER ; se compare directement à un taux obligataire |
| Rendement du dividende | Dividende / Cours | Revenu immédiat |
| Taux de distribution | Dividende / BPA | Part du bénéfice versée ; au-delà de 100 %, insoutenable |
| VE / EBITDA | (Capitalisation + dette nette) / EBITDA | Valorisation indépendante de la structure financière |
| Price / Book | Cours / capitaux propres par action | Utile pour les banques, trompeur pour les sociétés riches en actifs immatériels |
| ROE | Résultat net / capitaux propres | Rentabilité du capital des actionnaires |
| ROCE | EBIT × (1 − IS) / capitaux employés | Rentabilité opérationnelle réelle |
| Dette nette / EBITDA | — | Endettement ; > 3× = à surveiller, > 4× = fragile |
| Free cash flow | Flux d'exploitation − investissements | La seule mesure difficile à maquiller |
Société X : cours 62 €, 240 M d'actions, résultat net 720 M€, dividende 1,55 €/action, dette nette 1 900 M€, EBITDA 1 850 M€, capitaux propres 4 100 M€, free cash flow 610 M€.
- Capitalisation = 62 × 240 = 14 880 M€
- BPA = 720 / 240 = 3,00 € → PER = 62 / 3,00 = 20,7× → rendement du bénéfice = 4,83 %
- Rendement du dividende = 1,55 / 62 = 2,50 % ; taux de distribution = 51,7 % (soutenable)
- VE = 14 880 + 1 900 = 16 780 M€ → VE / EBITDA = 9,1×
- ROE = 720 / 4 100 = 17,6 % (élevé)
- Dette nette / EBITDA = 1 900 / 1 850 = 1,03× (confortable)
- Rendement du FCF = 610 / 14 880 = 4,10 %
Interprétation : une société rentable, peu endettée, valorisée dans la moyenne haute. Un PER de 20,7× n'a de sens que comparé à celui des sociétés du même secteur et à la croissance attendue. Avec une croissance de 15 %/an, un PER de 20 est bon marché ; avec une croissance nulle, le même PER est cher.
7.3 Le modèle de Gordon-Shapiro
D₁ = 1,60 €, k = 8 %, g = 3 % → P = 1,60 / 0,05 = 32 €.
- Si g passe de 3 % à 4 % : P = 1,60 / 0,04 = 40 €, soit +25 % pour un point de croissance.
- Si k passe de 8 % à 9 % (hausse des taux) : P = 1,60 / 0,06 = 26,7 €, soit −17 %.
La vraie leçon du modèle : les cours des actions sont extrêmement sensibles aux variations des taux d'intérêt et des anticipations de croissance. Une action « chère » n'est pas irrationnelle : son prix suppose une forte croissance (g élevé) ou un rendement exigé faible (k faible). Elle devient dangereuse quand ces hypothèses se retournent.
7.4 Dividende, rachat d'actions, et l'illusion du revenu
Le jour du détachement, le cours baisse mécaniquement du montant du dividende. Un dividende n'est pas un rendement gratuit : c'est un transfert de votre poche gauche à votre poche droite, avec passage par la case impôt.
- Avant : 50 000 € en actions.
- Après : 48 000 € en actions + 2 000 € de dividende brut → 1 372 € net après PFU de 31,4 % en compte-titres.
- Patrimoine : 49 372 €. Vous avez perdu 628 € par rapport à l'absence de dividende.
Le rachat d'actions (buyback) produit le même effet économique sans impôt immédiat : la société rachète et annule ses propres titres, le BPA augmente mécaniquement et la valeur de chaque action monte. Quand vous accumulez sur un compte-titres, une stratégie « high dividend » est fiscalement inefficace. Dans un PEA de plus de 5 ans ou en assurance-vie, ce frottement fiscal disparaît (voir Partie 4).
Un rendement du dividende de 9 % signale presque toujours que le marché anticipe une baisse du dividende ou des difficultés financières : c'est le cours qui a chuté, pas le dividende qui a monté. Un rendement élevé est un symptôme, pas une opportunité.
7.5 Facteurs et styles
La recherche académique (Fama-French, Carhart) a identifié des facteurs de rendement persistants :
- Value : sociétés peu chères par rapport à leurs fondamentaux.
- Size : petites capitalisations.
- Momentum : titres en tendance.
- Quality : rentabilité stable, faible endettement.
- Low volatility : titres peu volatils.
- Investment : sociétés prudentes dans leurs investissements.
À retenir : ces primes existent statistiquement sur de longues périodes, mais elles traversent des périodes de sous-performance de 10 à 15 ans (le Value a sous-performé de 2007 à 2020). Les exploiter demande une discipline que peu d'investisseurs particuliers tiennent. Pour 90 % des gens, un indice mondial large, pondéré par la capitalisation boursière, est le bon choix par défaut.