Retraite et phase de décumulation
Combien faut-il pour arrêter de travailler, dans quel ordre retirer son argent, et comment se protéger du risque de séquence ? Ce module transforme la règle des 4 % en un plan adapté à la France.
23.1 Le système français en 3 étages
- Régime de base (CNAV / SSI / MSA) : calculé sur le salaire annuel moyen des 25 meilleures années, plafonné au PASS.
- Régime complémentaire (Agirc-Arrco pour les salariés du privé) : un système par points.
- Épargne individuelle (PER, assurance-vie, immobilier, PEA) : la seule variable que vous contrôlez entièrement.
Le taux plein est de 50 %. Vous l'obtenez à l'âge légal si vous avez tous les trimestres requis (172 trimestres, soit 43 ans, pour les générations nées à partir de 1965), ou automatiquement à 67 ans. L'âge légal passe progressivement de 62 à 64 ans (réforme de 2023), d'un trimestre par génération.
Si vous partez sans tous vos trimestres, une décote de 1,25 % par trimestre manquant s'applique (dans la limite de 20 trimestres). Si vous continuez au-delà, une surcote de 1,25 % par trimestre supplémentaire s'applique.
Conséquence directe : plus votre revenu est élevé, plus l'écart à combler est grand, et plus le PER (déduction à une TMI élevée) devient pertinent. Un indépendant à haut revenu qui n'épargne pas verra son niveau de vie chuter de 60 à 75 %.
Créez votre compte sur info-retraite.fr. Vous y trouverez votre relevé de carrière tous régimes confondus, le nombre de trimestres validés et une estimation chiffrée de votre pension à différents âges. C'est gratuit, cela prend 20 minutes, et 80 % des Français ne l'ont jamais fait. Vérifiez en particulier les trimestres manquants (stages, jobs étudiants, années à l'étranger) : ils se régularisent, mais seulement si vous les repérez.
23.2 Combien faut-il ? La règle des 4 % et ses limites
L'étude Trinity (1998) et ses mises à jour montrent qu'un portefeuille composé de 50 à 75 % d'actions (le reste en obligations) supporte un retrait initial de 4 % du capital, indexé sur l'inflation, avec un taux de succès de ~95 % sur 30 ans (données américaines 1926–1995).
Les cinq nuances qui comptent :
- Les données sont américaines. Sur les marchés européens et japonais, le taux de retrait sûr historique est plutôt de 3,0 à 3,5 %. Pour un Français, un multiplicateur de 28 à 33 est plus prudent.
- La durée : 4 % vise 30 ans. Pour 45 ou 50 ans (retraite anticipée), descendez à 3,0–3,25 %.
- Les frais : la règle suppose des frais quasi nuls. Avec 1,5 % de frais, le taux sûr tombe à ~2,7 %.
- La fiscalité : la règle est brute. En France, il faut raisonner en retrait net d'impôt, d'où l'importance décisive des enveloppes (M17.2).
- La flexibilité change tout : réduire ses retraits de 10 % les années négatives fait passer le taux de succès de 95 % à plus de 99 %. Une règle simple suffit : « pas d'indexation sur l'inflation après une année négative ».
Objectif : 3 200 €/mois nets, soit 38 400 €/an, en euros d'aujourd'hui. Départ à 58 ans, horizon de 35 ans.
- Pension estimée à 64 ans : 1 900 €/mois = 22 800 €/an
- Phase 1 (58–64 ans, 6 ans) : les 38 400 €/an doivent être entièrement couverts → besoin d'un « pont » de 230 400 € en euros d'aujourd'hui, placé en actifs peu volatils.
- Phase 2 (à partir de 64 ans) : complément nécessaire = 38 400 − 22 800 = 15 600 €/an. Avec un taux de retrait de 3,25 % : capital nécessaire = 15 600 / 0,0325 = 480 000 €.
- Capital total visé ≈ 710 000 € en euros constants, hors résidence principale.
Combien épargner pour y arriver ? À 38 ans, avec 120 000 € déjà investis, à 5 % réel sur 20 ans : 120 000 × 1,0520 = 318 400 €. Il manque 391 600 €. Versement mensuel requis = 391 600 / [(1,004074240 − 1) / 0,004074] ≈ 965 €/mois en euros constants.
23.3 L'ordre de décumulation en France
L'ordre dans lequel vous retirez votre argent change le résultat net de plusieurs dizaines de milliers d'euros.
| Rang | Source | Raison |
|---|---|---|
| 1 | Liquidités / fonds euros de la poche « pont » | Protège du risque de séquence (M10.5) |
| 2 | Rachats d'assurance-vie de plus de 8 ans, calibrés sur l'abattement de 4 600 / 9 200 € | Coût fiscal de seulement ≈ 6 à 8 % |
| 3 | Retraits de PEA de plus de 5 ans | 18,6 % de PS uniquement |
| 4 | Compte-titres, en utilisant les moins-values reportables | 31,4 %, mais optimisable |
| 5 | PER en dernier, étalé sur plusieurs années pour rester dans une tranche basse | Barème sur les versements : ne jamais tout sortir d'un coup |
| — | Ne jamais liquider les contrats destinés à la transmission | Fiscalité successorale bien plus favorable |
- 21 000 € de pensions (imposées au barème, TMI de 11 % après l'abattement de 10 %)
- 14 000 € de rachat d'assurance-vie de plus de 8 ans → gains contenus : 5 600 € → sous l'abattement de 9 200 € → IR = 0 €, PS = 963 €
- 5 000 € de retrait de PEA de plus de 5 ans → gains : 2 500 € → PS de 18,6 % = 465 €
- Fiscalité totale sur les 19 000 € tirés du capital : 1 428 €, soit 7,5 %.
- Les mêmes 19 000 € tirés d'un compte-titres auraient coûté ≈ 2 543 €, et d'un PER sorti en une fois, bien davantage.
23.4 Le glide path
Le glide path consiste à réduire progressivement le risque à l'approche du moment où vous aurez besoin de l'argent :
| Années avant le besoin | Actions | Obligations / fonds euros | Liquidités |
|---|---|---|---|
| > 15 ans | 90–100 % | 0–10 % | 0 % |
| 10 ans | 80 % | 20 % | 0 % |
| 7 ans | 70 % | 30 % | 0 % |
| 5 ans | 60 % | 35 % | 5 % |
| 3 ans | 45 % | 45 % | 10 % |
| 1 an | 35 % | 45 % | 20 % |
| En décumulation | 40–60 % | 30–45 % | 2 à 3 ans de dépenses |
Pendant la décumulation, c'est votre protection concrète contre le risque de séquence : elle vous permet de traverser un marché baissier sans jamais vendre d'actions au plus bas.